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Publiée le 01/01/2014 à 17:01, par Benoît

2005 - 2013 : la génération de Benoit

Chaque jour, un membre de la Rédac' se confie sur la génération qui s'achève.

Puisque je parle déjà en longueur des jeux qui ont marqués ma génération dans la vidéo ci-dessous, je préfère revenir ici sur les tendances qui m'ont semblées les plus importantes depuis la sortie de la Xbox 360 fin 2005. A noter : en parlant de "génération" comme le rappelle Nerces, on se réfère d'avantage aux "consoles" qu'au PC, support sans nette balise temporelle. Cela tombe bien, c'est sur console que s'est joué l'une des évolutions générationnelles majeures du média, pour le meilleur et pour le pire : l'essor de sa dimension "industrielle" sous l'impulsion des éditeurs tiers, instaurant une logique du "marche ou crève" en terme de coût de production comme de taille des équipes de développement, mettant certains éditeurs historiques sur les genoux, permettant à d'autre de tutoyer le succès des plus grosses sociétés de production hollywoodiennes... de quoi donner le vertige.

Des chefs d’œuvre à gros budget et leur reversRetour au sommaire
Alan Wake
Versant positif de cette inflation généralisée : elle a offert à quelques excellents studios l'occasion de produire à grands frais certains des meilleurs jeux de cette génération, jeux que seuls rendaient possibles de très gros budgets : The Last of Us, Metal Gear Solid 4, Red Dead Redemption, Bioshock, Skyrim, Mirror's Edge, Alan Wake ou encore Portal 2 sont autant de titres ayant su marier une forme opulente de blockbuster à des valeurs ludiques fortes. Versant négatif : le succès aidant, les éditeurs tiers ont adopté des pratiques commerciales de plus en plus décomplexées et instauré de nouveaux modèles économiques détestables, au premier rang desquels les DLC et autres Season Pass, monétisant à outrance le moindre contenu, du niveau bonus au costume. Comble de l'audace, ces contenus sont parfois prêt pour la sortie du jeu, parfois même déjà sur le disque ... La pilule a toujours du mal à passer.

Génération triple-A = DangerRetour au sommaire
Resident evil 6 057
Autre vice "caché" de cette génération : la hausse des coûts de production a pris des airs de "quitte ou double", les éditeurs misant toujours d'avantage sur une poignée de titres de plus en plus réduite. Si certains ont su profiter de cette politique (Ubisoft l'année dernière), voire sont devenus d'insolentes machines à profit (Activision Blizzard), on n'oublie pas que d'autres, Midway et THQ pour ne pas les nommer, s'y sont cassés les dents et n'ont eu d'autre choix que de mettre la clé sous la porte ; quant au géant Square Enix, qui régnait en maître sur la génération PS2, il est devenu un colosse au pied d'argile à force de dépenses incontrôlées et de développements interminables (FF 13 et ses spin-offs, Tomb Raider vendu à perte malgré ses millions d'exemplaires écoulés). Faute d'avoir su évoluer au rythme du marché occidental, les éditeurs japonais Capcom, Konami et Sega y ont aussi laissé des plumes, diluant en cours de génération leur offre "du cru" dans le grand bain des attentes supposées du public occidental (exemple typique : Resident Evil 5 et 6, dénaturant en deux temps l'une des licences survival les plus aimées).

Star wars the old republic pc 154
Il est en outre regrettable que cette génération de console ait vu nombre de talentueux studios absorbés par des éditeurs, et concéder plus ou moins volontairement leur liberté de création et d’auto-détermination. On ne compte plus les développeurs tombés en disgrâce d'avoir rejoint le giron d'EA, de 2K ou d'Activision à coup de jeux de commandes produits dans des conditions pas toujours confortables (Bioware, Rare, etc...)... sans parler des studios qui se sont vus simplement fermés sans sommation, en sanction d'un échec commercial (2K Marin, développeur de Bioshock 2, en est un exemple récent). C'est l'une des leçons les plus frappantes, quoique logique, de cette génération triple-A : quelque soit son talent ou l'importance historique de son portfolio passé, aucun studio n'a été à l'abri d'un complet revers de fortune - et à regarder l'impair de Nintendo sur sa Wii U, la leçon vaut sans doute également pour les constructeurs.

De l'importance des jeux de série BRetour au sommaire
Silent hill downpour ps3 48929
Je ne doute pas une seconde que de grands jeux à gros budgets sortiront dans le futur, que l'étincelle de génie et le souffle de la beauté continueront de s'y inviter - notre top attente 2014 en est l'illustration -. Reste que la tendance "plus de budget pour moins de jeux", intensifiée sur la gen 360 / PS3, n'a pas été sans conséquence sur la richesse et la diversité de l'offre ludique, les acteurs majeurs de l'industrie formatant toujours un peu plus leurs formules sur les critères attendus du succès (licence à suites annuelles, FPS guerriers post-Call of, etc...). En première ligne, les jeux de série B (comme on dit "films de série B", en référence à leur budget plus "modeste") dont les éditeurs semblent ne plus vouloir, se sont progressivement raréfiés d'année en année. Il y a peu le boss d'Ubisoft Montreal prédisait même leur disparition prochaine, ce qui serait regrettable : certaines des plus belles surprises de cette génération sont en effet venus de ces titres "du milieu", lieux d'une créativité rafraichissante, presque "résistante", au sein des ludothèques tierces ; je pense ici aux pépites Metal Gear Rising Revengeance, Silent Hill Shattered Memories & Downpour, Binary Domain, Nier, No More Heroes.

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Metal Gear Rising, Binary Domain : deux visions robotiques hallucinées venues du Japon

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Je me rend compte au passage que ma liste ci-dessus comporte une majorité de titres japonais ; signe que la créativité nippone est loin d'être en berne, mais aussi qu'une portion notable de studios japonais ont occupés le terrain du jeu à budget moyen à défaut d'avoir su briguer celui du triple A : d'où l'importance capitale de voire cette frange de la production se prolonger sur la génération prochaine. A titre personnel, j'espère revoir d'autres titres aussi cinglés qu'El Shaddaï ou Deadly Premonition, de nouveaux jeux de Grasshopper (le studio de Suda Goichi), bref, de nouvelles perles étranges et vivaces, que rendrait impossible une seule économie de blockbuster. Puisque j'évoque le jeu-vidéo japonais, je n'oublie pas non plus que la Wii a été le support de quelque uns de mes JRPG de cette génération (Pandora's Tower, Xenoblade, The Last Story), ainsi que d'un trio de grands jeux made in Nintendo EAD (Zelda Skyward Sword, les deux Mario Galaxy). Ni que c'est encore du Japon qu'est venu Dark Souls, l'un des jeux les plus important de ces dernières années - que j'ai découvert in extremis en octobre dernier -.

L'essor du jeu indépendantRetour au sommaire
Braid
Impossible d'évoquer cette génération sans parler de son phénomène le plus enthousiasmant, celui de l'explosion de la scène indépendante. Bridée sur les jeux à gros budget, la créativité de développeurs éconduits par l'industrie y retrouvait enfin un espace pour s'exprimer, aidée par l'arrivée de nouveaux outils de développement plus accessibles. L'essor de la distribution dématerialisée a fait le reste : l'offre indépendante n'a pas tardé à s'étoffer puis à devenir pléthorique, ponctué de success story retentissantes - avec Minecraft et ses plus de 30 millions d'exemplaires en locomotive -. Cette scène indé, je l'ai d'abord découverte, comme beaucoup, par quelques titres devenus célèbres (World of Goo, Braid, Super Meat Boy), puis je m'y suis totalement plongé au moment du premier boom du crowd-funding (Double Fine Adventure sur Kickstarter) pour ne plus jamais en sortir.

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Hotline miami gamescom 2
Kent


Souvent assez courts, techniquement moins riches que les jeux de studios tiers, les meilleurs jeux indés sont aussi, par essence, des œuvres plus personnelles, capables de marquer au fer rouge lorsqu'elles font mouche : Fez et Hotline Miami sont ainsi devenu deux des jeux les plus précieux de ma ludothèques, tandis qu'Antichamber, The Swapper et Kentucky Route Zero font parti de mes titres préférés cette année. Et il n'y aucune raison de croire que le phénomène s'arrêtera : les sites Kickstarter, Indiegogo et consors regorgent en permanence de projets intéressants , les constructeurs Sony et Microsoft font les yeux doux aux indépendants pour capter leurs jeux dans leurs filets et rameuter la foule des pécéistes sur consoles next-gen... Je me prend parfois à rêver un futur pour l'industrie du jeu vidéo qui rejouerait l'histoire de la Nouvelle Hollywood, époque bénie du cinéma américain au tournant des années 70 où les Majors en peine sèche ont passé les reines de l'industrie à une poignée de réalisateurs de génie pour se revitaliser. Les Jonathan Blow, Jasper Byrne, Terry Cavanagh et consors deviendront-ils nos Coppola, Spielberg et Scorsese ? L'avenir le dira !

Génération 2005 - 2013 : Benoît



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